Oui, j’ai un baobab géant dans la main, et j’adore ça.
Toujours dans l’esprit « rien ne se perd, etc. » qui est le mien, je vais aujourd’hui encore poster un article qui était censé paraître dans le prochain numéro de L’Encrenage, la revue-mystère qui se cache dans la forêt pour pas qu’on la trouve.
Il s’agit d’un épisode de ma rubrique nommée Le Blog de Papier. Oui, ce nom vous dit quelque chose, et c’est normal car cette rubrique est un peu la maman, ou la grande soeur du blog que vous avez sous les yeux.
La version papier, quoi.
Mais j’en avais déjà parlé là, pour ceux qui ne suivent pas.
Allez, hop:
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Saison 3:
Jeudi 27 décembre: « Bring out your dead! »
- Moi ma mère a pleuré
- Ha ouais? Moi c’est mon oncle.
- Moi mon père s’est battu avec mon cousin, c’était marrant
- M’en parlez pas, moi j’ai du consoler ma grand-mère toute la soirée après que ma sur soit partie en claquant la porte
- Moi on m’a accusé toute la soirée d’être stalinien!
- Et moi d’être mitterrandienne!
- Moi mon frère est définitivement brouillé avec mes grands-parents paternels
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- Vous pensez que c’est possible d’éviter les fêtes de famille tant que Sarkozy sera président?
Lundi 31 décembre, la saint Sylvestre: Pourquoi ai-je mis des bottes à talons? Ce n’est vraiment pas pratique pour faire des pogos sur Trust.
Dimanche 6 janvier, l’Epiphanie: Un complot? La malchance? Le mauvais il? Une malédiction? Car de toute ma vie, JAMAIS je n’ai réussi à avoir cette foutue fève. Jamais.

Lundi 14 janvier: Première du Malheur de Job, la dernière création de Jean Lambert-Wild au CDN de Caen (14). Dix minutes d’une jolie idée (un mystérieux homme volant au milieu d’une nuée de sacs plastiques) pour une heure de slam assez pénible. Je n’ai rien contre Dgiz, le slameur-comédien de la troupe de JLW, mais je ne supporte pas le slam, désolée.
Mercredi 30 janvier: Je développe au cours du dîner auquel je suis invitée ce soir la théorie dite de La Onzième Personne. Prenez onze personnes réunies autour d’une table: 11 = 10 + 1 = 5 x 2 convives brillants (écrivains, profs de fac, thésards, prix nobels d’économie, neurochirurgiens, énarques
) en train d’avoir une conversation brillante + 1 convive fumant clopes sur clopes dehors dans le froid, avec un chat un peu collant sur les genoux, se demandant pourquoi elle a séché tous ses cours de philo au lycée = Les dîners comportant un nombre impair d’invités sont rarement à mon avantage.
Jeudi 31 janvier: Ce soir, dans le cadre du festival littéraire Transversales organisé par l’IMEC de Caen et votre revue préférée, l’écrivain Arnaud Cathrine (non je n’ai pas fait de faute d’orthographe, ça s’écrit bien comme ça) et le chanteur Florent Marchet présentent leur uvre commune, Frère Animal. Une lecture musicale écrite à quatre mains et déroulant, à travers plusieurs personnages, la vie d’une petite ville dévouée à l’usine du coin, la mère nourricière leur garantissant un emploi. En dix-neuf tableaux, Cathrine et Marchet dressent le portrait de sept personnages, (le retraité de l’usine-mère, le DRH, l’ado révolté, sa petite amie, son père
) écrivant à travers eux la chronique d’un monde pressé abandonnant sur le bord de la route ceux qui, par révolte ou par faiblesse, ne suivent pas la cadence. Frère animal est un objet inédit, littéraire et musical, drôle et triste, sombre et badin.
Samedi 2 février, la Chandeleur: Une crêpe sans Nutella ne peut pas être considérée comme une véritable crêpe. C’est comme imaginer Paris sans la Tour Eiffel, Las Vegas sans Casinos ou Berlin sans le mur de Berlin. Non?

Mardi 5 février: Buck 65 en concert, ce soir à Caen! Il ne doit pas y avoir beaucoup plus de soixante-dix spectateur à s’être déplacés pour venir écouter (et regarder, aussi, ses non-chorégraphies valent le détour
) le sympathique Richard Terfry, petit génie de l’anti-folk que j’avais découvert quelques années auparavant à la Route du Rock, et auteur d’une des plus belles chansons du monde, Blood of a young wolf (rien que le titre me renverse les tripes).

Pétri d’influences hip-hop, folk et blues, Richard/Buck 65 tient la scène à lui seul, armé d’un clavier et de son lap-top, (et sûrement d’autres machines pour faire des sons, affublées de noms étranges genre Roland XB 2000) débitant entre chaque morceau des théories sur les jambes de Johnny Hallyday ou la difficulté de trouver des DVD de Damien Odoul sous-titrés en anglais.
Ce type est extrêmement talentueux, drôle et attachant, et mériterait d’avoir une salle pleine à craquer la prochaine fois qu’il viendra nous voir.
Lundi 11 février: J’inaugure mon blog. Un vrai blog cette-fois ci, sur Internet, avec un pseudo (Debbie) et tout! C’est chronophage (tiens, mon correcteur d’orthographe m’informe que ce mot n’existe pas
), parfois énervant (les spams vantant les mérites de casinos on line qui inondent mes commentaires, à quand les pubs pour agrandir mon pénis?), parfois difficile à assumer (« Ouiiii, booooon, j’ai toujours dit que je n’aurais jamais de blog mais tu voiiis c’est surtout une vitrine pour la revue en fait, hein
»), mais finalement assez rigolo à faire! Pour me lire, me laisser pleins de commentaires très gentils et me dire que je suis formidable, rendez-vous à l’adresse: http://lencrenage.free.fr/blog/.
Vendredi 15 février: Ma commande passée sur un site internet très connu (il porte le nom d’une position du Kama-Sutra) arrive incomplète: Il y a bien l’album de Moriarty (finalement assez décevant, malgré le sublime premier morceau Jimmy) mais quid du dernier Cat Power? Un facteur amoureux de la voix de camionneuse sexy de Chan Marshall aurait-il subtilisé mon achat? Qu’il se dénonce, le salaud.
Pendant qu’on y est, qui est l’******* qui m’a emprunté mon album de Godspeed You et mon DVD de l’Exorciste sans me les rendre?
Dimanche 17 février: Juno, de Jason Reitman. Comment une lycéenne affronte une grossesse surprise, et comment on parvient à en faire un film charmant, dénué de tout pathos moralisateur. Porté par la très charismatique Ellen Page, (qui traversait les murs dans X- men 3 et séquestrait un pédophile présumé dans Hard Candy) ce parfait Feel good movie prend le parti de ne pas transformer une grossesse précoce en drame social, prenant plutôt la forme d’une chronique douce-amère sur la difficulté de s’engager, à tous les âges de la vie. Comme une cerise sur le gâteau, la B.O est extraordinaire, ce qui n’enlève rien au plaisir: Cat Power (sa reprise belle à pleurer de Sea of love), les Moldy Peaches, Belle and Sebastian, le Velvet…
Lundi 18 février: C’est lundi, c’est DVD! Je vais tenter de rattraper l’impardonnable retard accumulé en 2007, en louant notamment Raisons d’état de Robert de Niro, et Half Nelson de Ryan Fleck.
Raisons d’état: Après la série des «dans la peau» (La mémoire, La mort, La vengeance, Le rythme
) et The departed de Scorsese, Matt Damon confirme son génie des rôles ambigus.

Treize ans après Il était une fois dans le Bronx, Robert de Niro offre ici à Damon un rôle d’homme double, un animal de sang-froid participant à la création de la CIA, abandonnant en chemin une épouse (Angelina Jolie est poignante dans le rôle de l’épouse broyée par le secret d’état) et un fils crevant de solitude.
Malgré ce que suggère l’affiche française («découvrez la véritable histoire de l’organisation la plus puissante du monde»), De Niro choisit aussi de mêler habilement la fresque historique et la chronique intimiste, trouvant un parfait équilibre entre la petite histoire et la grande. Ici la raison d’état est le réceptacle de névroses familiales, d’une quête éperdue du père, de frustrations et de rancurs accumulées, le bon pasteur Matt Damon (le titre américain, The good shepherd, fait référence à un passage de la Bible) se réfugiant derrière l’honneur et la loyauté pour justifier son cur de pierre.

Half Nelson: Ou comment un jeune homme brillant (Ryan Gosling) se laisse sombrer dans son enfer personnel. Dan Dunne enseigne l’histoire dans un lycée du Bronx. Dan est beau, Dan est brillant, Dan aime son travail mais il est aussi dépressif et accro à toutes sortes de drogues.
Drey (Shareeka Epps) a treize ans, c’est une élève de Dan. Drey est noire, issue d’un milieu défavorisé, vit avec sa mère souvent absente, et sympathise avec un dealer de son quartier. Un jour, elle surprend son professeur fumant du crack dans les toilettes du lycée.
C’est la rencontre de ces deux solitaires que va raconter Half Nelson, deux individus se trouvant à un moment crucial de leur existence, quand tout peut basculer, vers les ténèbres comme vers l’espoir. Entre ombre et lumière, Half Nelson est un film initiatique confrontant les contraires, où comment un professeur va chercher la rédemption auprès de son élève.

Déjà remarqué dans Danny Balint (2001) et le mélo N’oublie jamais (2004), Ryan Gosling est tout simplement bouleversant, débordant de charme et de mal-être. On se noie dans ses beaux yeux tristes, on se laisse happer par sa mélancolie mais, comme lui, on finit par se raccrocher au regard déterminé de la jeune Drey. Half Nelson est un grand, un beau, un remarquable film sur la difficulté de trouver une place sur Terre, sur le besoin de disparaître, sur la recherche du salut.
Samedi 23 février: Marion Cotillard remporte l’oscar de la meilleure actrice pour La môme. Je n’ai pas vu le film, je ne compte pas le voir et je suis même pas sûre de trouver supportable la prestation grimaçante de la jolie Cotillard (la mauvaise foi, c’est bon pour les artères), mais je dois avouer à ma courte honte que mon chauvinisme cinéphile a été quelque peu flatté par l’annonce du triomphe de la frenchie
C’est nul, non?

Dimanche 24 février: Casse-toi, pauvre con!
Mercredi 27 février: Je vais voir Redacted, le dernier De Palma. A la sortie de cette charge violente contre la guerre en Irak et les exactions commises par certains soldats américains, je me pose une seule question: Pourquoi ne suis-je pas restée chez moi pour regarder la télé? Il y avait sûrement une rediffusion de Joséphine ange gardien, un bêtisier des Enfants de la télé ou un concert des Enfoirés!… Tout, (enfin presque tout, parce que le Téléthon par exemple c’est vraiment trop déprimant) mais, pitié, pas ce film montrant des enfants morts et des scènes de viols réalistes!
Visiblement très en colère contre son pays, Brian de Palma ne nous épargne aucun détail malsain dans sa quête de vérité sur le conflit irakien. Il passe en outre à côté de son projet (confronter les différents points de vue sur un seul événement) en nous imposant un maelström de scènes interminables mettant en scène des soldats n’en finissant pas de se demander ce qu’ils font là, à travers le regard de documentaristes français, de fondamentalistes musulmans ou d’un soldat apprenti-réalisateur. De Palma nous propose tant de points de vues différents et pas forcément pertinents qu’on finit par se détacher de ce film bancal, plus proche du snuff movie que du projet expérimental, regrettant presque l’époque où il commettait son adaptation du Dahlia noir.
Mercredi 5 mars: Paris, de Cédric Klapisch. Le dernier opus du prolifique Klapisch (une dizaine de films en 15 ans) tient toutes ses promesses. Un casting à tomber par terre, des dialogues dédiés au talent de ses comédiens, une caméra sensible traitant la ville lumière comme une vieille amie
Paris est une uvre touchante, un film choral comme je les aime, fourmillant d’histoires simples et essentielles, servies par des comédiens visiblement ravis d’être là: Les vieux habitués Romain Duris et Zinedine Soualem, les lumineuses Juliette Binoche et Mélanie Laurent, Fabrice Luchini sachant pour une fois s’effacer derrière son rôle, un François Cluzet drollissime, les géniaux Albert Dupontel et Karin Viard (prodigieuse en boulangère raciste)
Un réalisateur devenu incontournable, à l’heure où cinéma populaire rime avec Ch’tis ou Astérix…
Samedi 8 mars: Je songe sérieusement à mettre ma main dans la figure du prochain type qui me souhaitera bonne fête. La Journée de la Femme est un coup du lobby des fleuristes. Qu’on se le dise!