Songs of Leonard Cohen - Leonard Cohen (1967)

Avec mes deux chansons préférées de toute la vie (So long Marianne et Master song), Songs of Leonard Cohen est un monument folk, un totem, une étoile du berger que devraient suivre tous les aspirants folkeux.

Si le maître de la folk a cruellement manqué d’inspiration pour trouver le titre de son premier album, il a en revanche démontré toute la force de son génie avec cet opus sorti environ dix ans après la parution de ses premiers textes de poète. Hé oui, à 34 ans Leo n’est pas exactement un bébé lorsqu’il sort son premier album!

Beaucoup -et moi la première- disent qu’il est devenu terriblement décevant depuis deux ou trois albums (Ten new songs en 2001 et Dear Heather en 2005), mais je pardonnerais toujours tout à quelqu’un qui a écrit Hallelujah et Le Partisan.

Enter the Wu-tang (36th chamber) – The Wu-Tang Clan (1993)

De Leonard au Wu-Tang, il a certes un million de pas, puisqu’on passe d’un mythe de la folk reconverti au bouddhisme à un mythe du rap East-Coast reconverti au capitalisme. Un seul point commun: le talent fou (et la drogue, diront les fâcheux). Sur cet album, ma chanson préférée de toute la vie est Tearz, qui sample avec génie le standard de 1964 After laughter (comes tears) de la Stax-girl Wendy Rene. Avec génie, oui, car ils sont nombreux, ceux qui depuis des années pompent allègrement et sans aucune subtilité des morceaux entiers pour en faire des tubes. Le talent duWu-Tang? La subtilité.

Oui je sais, ça peut paraître surprenant, comme ça, quand on les voit.

The Dock of the Bay – Otis Redding (1968)

Haaaaa, Otis. je pense que mon goût pour les voix tragiques vient de ma découverte d’Otis Redding, quand j’avais seize ans, la même année où j’ai découvert Leonard Cohen d’ailleurs. Une grande année que l’année 1820!

C’est avec cet album sorti quelques mois après sa mort (oui, Otis fait partie d’une longue lignée de chanteurs morts dans un accident d’avion) qu’il est définitivement entré au panthéon de la soul. La chanson éponyme, véritable bijou de mélancolie est, bien qu’extrêmement connue, l’une des très rares chansons dont je ne me lasserais jamais.

Et sinon, mes autres chansons préférées de toute la vie d’Otis sont A change is gonna come (créée par Sam Cooke en 1964), la seule de ses chansons traitant de la lutte pour les droits civiques, Try a little tenderness et Cigarettes and coffee.

Ex-aequo: White blood cells et Get behind me Satan – The White Stripes (2001 et 2005)

Les petits jeunes de cette liste très XXème siècle, entrés pour toujours dans le saint des saints des riffs qui tuent et qu’on peut faire avec la bouche (aux côtés du « Tin-tin-tin-tin-tin-tin-tiiiiin » de Deep Purple et du « Touloudoudoumdoudoum » des Breeders). Par leur folie créatrice et leur originalité, les deux vrais-faux jumeaux de Detroit se sont rapidement incrustés dans ma discothèque à partir du moment où j’ai découvert leur hallucinant Seven Nation Army, incroyable tube interplanétaire désormais repris par les supporters de foot et les étudiants en médecine bourrés.

Sinon, mes chansons préférées de toute la vie des White Stripes sont I’m bound to pack it up (sur l’album De Stijl sorti en 2000), We’re going to be friends et I’m lonely (But I ain’t that lonely yet).

N’importe quel album de Paolo Conte (de 1974 jusqu’à sa mort qui je l’espère arrivera le plus tard possible)

Le jazzman italien est ma madeleine, mon cocon, mon liquidie amniotique, mon anxiolytique. J’ai baigné dans ses mélodies immortelles et sa voix de fumeur-buveur à durée de vie limitée pendant la majeure partie de mon enfance, et son album 900 m’a accompagnée pendant mes révisions du bac (obtenu bas la main).

Maintenant je suis devenue grande, et quand j’ai besoin d’être rassurée ou juste de ressentir de la douceur, j’invoque la chaleur de mon Paolo dont la musique, pour une raison inexplicable, m’évoque Paris, la nuit.

Oui, une photo de ville la nuit est une des images les plus rassurantes que je connaisse. Et oui, la campagne me fait peur.

Et aussi: N’importe quel album des Clash et n’importe quel album des Beastie Boys, qui sont les deux plus grands groupes de tous les temps, mais sachez mes petits que le Professeur Debbie leur consacrera un jour un article entier rien que pour eux. Parce que là on est dimanche et le roti-haricots verts m’attends alors je ne peux pas trop m’attarder, vous pensez bien.